JACQUEVILLE — Depuis des générations, les matinés dans le village côtier de Tefredi, Toutou B, Tiemen et plein d’autres, s’éveillaient au son rythmé et familier de la lagune ou de l’Océan Atlantic— un écho qui, traditionnellement, apportait la vie, soutenait la pêche locale et nourrissait les familles. Mais ces dernières années, ce même rythme est devenu le vecteur d’une sourde anxiété. Avec le dérèglement climatique mondial, leur lagune s’est transformée : le pourvoyeur tranquille est devenu une force envahissante qui avale lentement le littoral, menace la sécurité des habitations et grignote le sol même sous les pieds de la communauté.
Pour cette jeunesse ivoirienne résidant à Jacqueville, le changement climatique n’était plus un graphique abstrait débattu dans de lointains forums internationaux ; c’était un poids existentiel visible juste devant leur porte.
Pourtant, entre le 13 et le 20 juillet 2026, la salle de classe locale de ses villages s’est métamorphosée pour devenir le berceau d’une résistance écologique. Au cours de sept journées intensives, plus de 150 membres de ses villages se sont rassemblés autour d’un objectif unique : Connaitre l’importance de la plantation de Mangrove, maîtriser la science de la création de pépinières, de la transplantation des mangroves, et la maintenance de son arbre.
Mis en œuvre par un consortium de partenaires dirigé par ONU-Habitat et soutenu par le Fonds d’Adaptation, cet exercice s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large qui vise à réduire la vulnérabilité climatique de 21 communautés côtières en Afrique de l’Ouest
L’un des piliers fondamentaux de l’identité d’Habitat for Humanity est la conviction inébranlable qu’un développement véritable et durable ne peut pas être parachuté de l’extérieur dans une communauté ; il doit se construire de l’intérieur. Les projets d’infrastructure traditionnels échouent souvent lorsque les populations locales sont traitées comme de simples spectatrices passives, plutôt que comme les architectes principaux de leur propre survie.
Cette formation a pris le contre-pied du modèle humanitaire descendant traditionnel en plaçant résolument la communauté au centre de la solution d’ingénierie. En se focalisant directement sur le cadre des Solutions Basées sur la Nature (NbS), l’atelier a permis aux participants d’acquérir une solide culture écosystémique. Le programme a décortiqué de manière systématique le rôle structurel critique que jouent les systèmes de mangroves sains en tant que bouclier d’infrastructure verte vivante face à l’océan.
Durant ces sept jours, le partage de connaissances a couvert des compétences opérationnelles et pratiques essentielles :
Architecture avancée des pépinières : Apprentissage des substrats de sol exacts et des conditions délicates requises pour cultiver des plants de mangrove hautement résilients.
Transplantation de précision : Maîtrise des méthodologies d’ancrage en profondeur pour maximiser le taux de survie des plants face à la force des marées.
Gestion du cycle de vie et maintenance : Conception de calendriers de suivi communautaires et locaux pour garantir la durabilité à long terme de l’écosystème.
L’infrastructure verte issue de cette formation fonctionne comme un bouclier multidimensionnel pour la région. Tout d’abord, elle offre une défense écologique immédiate. Les systèmes racinaires profonds et entrelacés des mangroves transplantées agissent comme des brise-lames naturels, atténuant structurellement l’érosion côtière dévastatrice et protégeant les habitations contre les déplacements de population.
Ensuite, la formation bâtit une défense économique. Les mangroves servent de nurseries primaires pour la faune marine. En restaurant activement ces espaces verts dégradés, les jeunes favorisent directement la reconstitution rapide des stocks halieutiques, ce qui garantit la sécurité alimentaire à long terme et stabilise les revenus commerciaux des ménages riverains.
Enfin, l’initiative génère un impact humanitaire profond, En rassemblant des jeunes et des aînés venus de différentes localités — telles que Tefredi, Atoutou B, Tefredi et Tiemen —, ce travail collectif a forgé un respect mutuel profond et une grande stabilité sociale, renforçant la cohésion communautaire au moment même où le stress environnemental peut menacer de fragmenter le tissu social.
Le véritable succès du projet se lit sur les visages des jeunes participants qui ont quitté la salle de classe pour rejoindre les rivages boueux, une jeune pousse à la main.
« Depuis mes 27 ans d’existence dans ce village, je n’ai jamais connu d’autre sentiment, excepte l’inquiétude et la peur, lorsqu’il s’agissait de l’inondation que l’érosion côtière causait, » a partagé Guy Serge, 27 ans, un jeune pêcheur de Tefredi lors de sa formation sur le terrain. « Tout le village était au courant que l’eau emportait notre terre, mais personne n’avait la capacité ni les outils scientifiques nécessaires, pour nous défendre. Honnêtement, Cette formation a tout changé pour nous. Nous ne sommes plus de simples pêcheurs qui attendent de voir si nos maisons vont être inondées ; Aujourd’hui, nous savons comment préserver notre Habitat. Ces compétences nous ont rendu notre fierté et, plus encore, elles ont donné un avenir à notre village. »
Alors que le monde célèbre les jalons du calendrier international de l’Espoir et des Compétences des Jeunes ce mois de juillet, les jeunes leaders de Jacqueville offrent un témoignage éclatant de ce qui devient possible lorsque les ressources internationales s’alignent sur la détermination locale.
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